Le deuil des frères et sœurs – Mieux traverser le deuil

Le deuil des frères et sœurs

19 juin 2019 Image Le deuil des frères et sœurs

Il est un deuil qui est la plupart du temps totalement négligé par l’entourage et la famille, c’est celui des frères et sœurs. C’est une constante, les proches prennent en compte la douleur des parents, des enfants, de l’époux ou de l’épouse mais très rarement celle des frères et sœurs. C’est tellement ancré dans la société que les frères et sœurs touchés par le deuil en viennent à nier et à taire leur propre peine. Ils mettent naturellement en place une auto-censure de leur douleur et de leurs besoins pour ne pas accabler d’avantage leurs parents qui souffrent tant. Par crainte de déranger ou d’être jugé trop égocentré.

Une souffrance niée et refoulée

Les personnes dites « les plus proches » (partenaire, enfant…) accaparent toute l’attention de l’entourage, pourtant elles connaissent l’être disparu depuis moins longtemps que le frère ou la sœur. La souffrance de la fratrie est toute aussi réelle et essentielle à entendre et à soutenir. Trop souvent dans l’ombre, les frères et sœurs peuvent être amenés à masquer la douleur de la perte qu’ils ressentent au fond d’eux-même. Or nous savons combien il est important pour le processus de deuil de reconnaître et d’exprimer les émotions qui nous étreignent. Les négliger pourrait contribuer à accentuer et à prolonger le vécu dépressif.

Difficile de rivaliser avec un absent idéalisé

L’émotion de tristesse peut être amplifiée par le sentiment d’être moins important aux yeux des parents que l’être décédé. Ceux-ci dans leur douleur peuvent idéaliser l’enfant perdu, ne garder en mémoire que ses qualités. La focalisation des parents sur l’enfant disparu s’inscrit naturellement dans le processus de deuil. Mais si elle s’accompagne de phrases radicales comme « Après son départ, plus rien ne vaut d’être vécu, ma vie est finie, elle est partie avec lui », il peut être difficile pour les enfants vivants de rivaliser avec la sœur ou le frère absent.

Reconnaître le droit d’exprimer sa douleur

Cela d’autant plus que les amis et les collègues de l’être cher accordent peu d’attention aux frères et sœurs avec qui ils ont peu de lien. Ils ne peuvent mesurer ce qu’ils vivent et l’impact qu’a sur eux la perte de l’être aimé. Tout cela renforce le sentiment de moindre légitimité à exprimer leur propre douleur, les frères et sœurs en viennent à penser qu’ils n’ont pas le droit d’exprimer ce qu’ils vivent, comme si leur souffrance était négligeable.

Une relation unique par sa durée et son intimité

Or celle-ci est immense, proportionnelle au lien qui les unit avec l’être disparu. La relation entre frères et sœurs est unique, elle s’inscrit dans une durée la plus longue qui soit, dans une grande intimité, avec une infinité de souvenirs et de partages. Perdre un frère ou une sœur c’est perdre une grande partie de soi : tous les souvenirs de soi enfant, adolescent puis adulte, tous les événements familiaux vécus avec lui(elle). Une partie de cette mémoire partagée s’en est allée avec l’être aimé qui ne sera plus là pour rappeler la maison de l’enfance, le souvenir du foyer partagé.

Une perte de repères déstabilisante

La perte de ces repères communs est profondément déstabilisante, cela peut engendrer un sentiment d’insécurité, de solitude. Avec la nostalgie poignante de ce qui est perdu à jamais, de ce qui ne pourra plus être vécu ensemble. Les fêtes, les Noël, les anniversaires seront teintés de tristesse sans lui(elle)… D’autant plus si la relation s’était apaisée après avoir dépassé les jalousies et compétitions vécues pendant l’enfance.

Il est fréquent de voir les frères et sœurs en deuil adopter des attitudes ou des comportements de l’être disparu. Ils peuvent également reprendre une partie des rôles que celui-ci avait auprès des autres membres de la famille, en s’impliquant, par exemple, en tant qu’oncle ou tante avec plus de proximité auprès de leurs neveux et nièces. Ils peuvent aussi s’intéresser aux centres d’intérêt de l’être cher.

Un nouveau sens retrouvé

C’est une façon de se rapprocher de lui, de nourrir un lien intérieur avec lui. Tout cela contribue à intégrer de façon harmonieuse le frère ou la sœur disparue. Le vécu personnel et familial de la personne en deuil peut ainsi s’enrichir grâce à ces nouvelles implications.

Pendant le deuil, le frère ou la sœur revisite le passé, ce faisant il(elle) prend conscience de ce qui a été dit et fait ou de ce qui aurait dû être dit ou fait. Les comportements peu attentifs ou indélicats peuvent émerger dans la mémoire, avec le regret de ne pas avoir assez manifesté combien on l’aimait, de ne pas avoir cherché à mieux le connaître ou encore de ne pas avoir assez exprimé ses attentes ou frustrations.

L’émergence de ressentiments ou de culpabilité

On peut aussi ressentir de l’injustice parce que l’on venait enfin de se retrouver. Des ressentiments peuvent également resurgir, en particulier si la maladie a requis toute l’attention des parents avant le décès. La place occupée dans la fratrie émerge avec plus ou moins d’intensité et d’inconfort selon ce qui était apaisé ou non dans sa propre relation avec l’être disparu. Ces émotions négatives peuvent se muer en culpabilité qui n’est pas toujours avouable et qui peut rester silencieuse.

La « culpabilité du survivant » peut également être ressentie par certains frères et sœurs après le décès. Ils peuvent avoir le sentiment de ne pas mériter de vivre et s’infliger des punitions inconscientes. Puisqu’il (ou elle) est décédée, je n’ai plus le droit d’être heureux(se), de partager des moments de joie…

Un soutien auprès du réseau amical et d’un groupe de parole

Comme toute personne en deuil, les frères et sœurs ont besoin de soutien et d’attention pour accomplir harmonieusement leur travail de deuil. Il est primordial qu’ils se reconnaissent eux-même le droit d’exprimer leur douleur. Comme nous l’avons vu, leur entourage prend rarement la juste mesure de la profondeur de ce qu’ils vivent. Les amis seront donc de précieux alliés dans leur cheminement car ils ne minimiseront pas la peine qu’ils ressentent, ils seront à l’écoute de leurs émotions, sans présupposés. Les frères et sœurs pourront également trouver de l’aide dans un groupe de parole au sein d’une association d’accompagnement des frères et sœurs en deuil . Ces groupes de partage montrent que ce deuil spécifique commence à être pris en compte comme il se doit.

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10 Commentaires

Henri

17 Sep, 2022 à 07h24
Bonjour, j'ai perdu mon frère d'un cancer alors qu'il avait 45 ans le 8/9/22. On connaissait sa maladie mais la fin est allé tellement vite que se fut brutal pour moi. Famille de 5 enfants mon frère était le second, 4 ans plus grand que moi. Bien qu'on n'est pas toujours était proche, on a tout de même vécu des moments très forts ensemble. Il avait enfin trouvé l'amour, il faisait construire sa maison, allé se marier et faire un enfant, ce qui rajoute du drame à cette histoire. J'ai beaucoup pleuré à son décès, mais je suis quelqu'un qui parle beaucoup à ma famille et mes amis, sans retenu si il le faut, ce qui m'aide beaucoup.Je partage et exprime ma souffrance. Ça m'aide à avancer. Je ne dors plus beaucoup pour l'instant et son visage apparaît chaque fois que je me réveille. Je suis triste mais je sais qu'il est en paix la haut. Je veux continuer à vivre et à le faire vivre et je reste positif à la vie qui se vaut d'être vécu. Je sais qu'il m'aimait et qu'il aurait voulu que je reste le même. Donc je reste joyeux, j'ai encore plus envie de croquer la vie, tout en pensant à lui, même si il m'arrive parfois de craquer. Il sera toujours dans mon cœur. Il me donne de l'énergie, on est 2 maintenant. Pour ceux qui ont du mal, n'ayez pas peur d'en parler, d'aller chez un psychothérapeute, la vie continue et il faut en profiter. Life goes one.

CORRE SEVERINE

05 Juil, 2022 à 13h26
Bonjour je viens de perdre ma soeur, celle juste avant moi. On est 5 dans ma fratrie mais c'est avec celle qui nous a quitté que le lien est le plus fort. je ressens une douleur très forte et je me sens totalement perdue. on dirait qu'il faut tout me réapprendre. mon frère et mes soeurs sont très présents fort heureusement ainsi que mes parents mais ce trou dans ma poitrine est là encore et encore. elle me laisse seule avancer et çà je sais pas faire. Heureusement que j'ai mes amis aussi pour m'aider.

Gadrault

13 Juin, 2022 à 02h05
Il est vrai que je reste dans le silence. J'ai perdue ma sœur le 07/07/2020 dans d'atroces circonstances et je n'en parle pa beaucoup. Je protège les autres et je suis forte pour les autres, notamment pour ma maman et mes neveux et nièce. Mon deuil est difficile à faire 😭😢

Pktvsavr

17 Mai, 2022 à 15h13
En tant que sœur, ma sœur est décédé le matin du réveillon de noel, alors que tous le monde dormait. Depuis, j’ai l’impression d’avoir perdu non seulement ma sœur mais ma mère avec. En effet, tout le monde se soucie de ma mere, mais qu’en est il de moi? Depuis ce jour, alors que j’ai 15 ans, je me sens terriblement seule et incomprise. avoir perdu ma mere et ma sœur en même temps. Ma mère n’est plus qu’un simple robot. Ne réfléchit plus, ne sourit plus, juste elle effectue ses tâches sans dire un mot ou se souciait que quoi que ce soit. Elle a des pertes de mémoires etc.. Ce fut si difficile que j’ai demandé a été en foyer (cause par d’autre problème) Cependant, j’ai peur que ma mere ne comprenne jamais ma frustration, qu’elle ne redevienne jamais la femme forte courageuse et souriante qu’elle était, elle m’écoutait, mais maintenant ce n’est plus le cas. Je me retrouve seule face à la vie. Face au décès de ma sœur. Je n’ai mes amis mais de nos jours ils se font rare. Je n’en ai qu’une , une vraie, mais ce n’est pas suffisant pour exprimer tout mon mal être.

jo

19 Mar, 2022 à 17h26
J'ai vu mon frère mourir, irrémédiablement, la mort est venu le chercher. J'ai vu son regard, j'ai vu sa peine. J'ai vu aussi ses enfants en bas âge, ne pas vraiment comprendre, pourquoi papa ne se lève pas ... Et sa femme, qui doit encaisser, supporter ça car il le faut. La vie n'a plus le même sens, je ne sais plus où je vais, je pleure en silence.

Dany iz

13 Oct, 2021 à 23h39
Moi je l'ai ai tous perdus en 4 ans. Mes 2 soeurs en 2 ans, puis mon frere 2 ans après. Je reste seule enfant de 66 ans , avec ma mere de 89 ans. Toute sa tete même si pas toutes ses dents. C est l horreur, 3 de moins en 4 ans.je n ai pas de mots

Ee

10 Oct, 2020 à 01h30
Pas forcément d'accord, tout mon entourage, parents amis, ont eu conscience de l'effroyable perte pour moi la petite sœur. Ca a même rajouté de la douleur à mes parents, de savoir ce que je vivais. C est u drame terrible, tout le monde souffre, pour soi-même, pour tout le monde. La plus terrible souffrance pour moi a été de rester et voir mes parents dans cette perte. Éternelle. Jusqu'au bout maman ne pourra pas s'en remettre,. Nous avançons tous, mais cest là. J'ai, on a appris à vivre sans lui, mais non. Ca n'aurait pas dû se passer

Rou

07 Mai, 2020 à 15h47
Bonjour Malilou, j ai aussi perdu mon frere subitement suite a un accident de moto, je devais me montrer forte pour mes parents ma soeur et son epouse, j ai du vivre les pires moments de ma vie j ai tout pris comme choque, l annonce, la morgue, le fait de le laver et l enterrement, mes amis etaient et le sont toujours d un soutiens incroyable mais ma peine est bien immense, pas juste qu une partie de mon corps m est arraché mais j ai l impression que mon coeur est mort avec lui, tout tourne au tour de mon frere toutes mes pensées lui sont lié mes discussions aussi, je n arrive pas a etre heureuse tout ce que je souhaite c est qu il soit bien la ou il est et de le rejoindre le plus tot possible, j ai perdu la joie de vivre moi qui ne vivait que pour etre heureuse, je n y arrive plus, je vis car je n ai guère le choix et que je dois continuer pour mes parents. Je suis prise par des grises d angoisses et d'anxiété tres forte que j ai l’impression que mon coeur va lacher a tout moment et le pire dans tout ca c est que je le souhaite.

BILLOD-MOREL Sonia

20 Déc, 2019 à 20h55
Bonsoir Malilou, je comprends tellement et je vois la vie bien différemment aujourd’hui. Je suis une maman qui a perdu sa fille de 17 ans 1/2, il y a 1 an et 7 mois et à qui il reste un fils de 23 ans qui ne parle jamais de sa souffrance, ni même de l’absence de sa sœur et ce qu’il peut ressentir au fond de lui ou tout autre chose. J’aimerai pouvoir aborder ces sujets avec lui, mais il reste tellement inaccessible et mon cœur de maman souffre doublement. Je ne sais pas si tu as réussi à trouver un équilibre quelconque et si tu es entourée de personnes bienveillantes et qui peuvent t’apporter réconfort et consolation c'est important 👍❤️

malilou

13 Nov, 2019 à 21h49
En effet, il n'est pas évident face à la souffrance des parents de trouver sa place. En tant que soeur, lorsque mon frère est subitement décédé, j'ai eu la sensation qu'on m'arrachait une partie de mon corps, de voler en éclat, de dire adieu à mon enfance. Impossible alors de trouver du réconfort dans les bras de mes parents, difficile de faire face en tant qu'enfant survivant à leur perte de sens et d'intérêt pour la vie, difficile d'entendre les gens demander des nouvelles de mes parents sans s'inquiéter de moi.... oui les amis sont alors indispensables pour pouvoir se déposer, oser dire cette souffrance et qu'elle puisse être pleinement entendue.



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