Phase 3 du deuil : la déstructuration – Mieux traverser le deuil

Phase 3 du deuil : la déstructuration

17 mai 2019 Image Phase 3 du deuil : la déstructuration

Six à dix mois après le décès, voire un an et demi s’il s’agit d’un deuil traumatique, la personne endeuillée comprend le caractère irréversible de la disparition de l’être aimé. Les liens extérieurs avec lui ont été définitivement rompus et les liens intérieurs ne sont pas encore constitués. Le vide apparaît dans toute sa violence, le sentiment de solitude est immense. C’est à cette troisième étape que la douleur peut être paroxystique. Tous les mécanismes de protection et de défense ont disparu les uns après les autres laissant émerger les émotions dans toute leur intensité. Les curseurs sont au maximum, le manque, la douleur, l’absence sont vécus dans leur pleine puissance.

L’apparente aggravation est une étape nécessaire

La personne endeuillée peut être désespérée par cette recrudescence d’intensité qui surgit bien longtemps après le décès. Ne verra-t-elle jamais la fin de cette souffrance abyssale ? Est-elle en train de revenir en arrière ? De devenir folle ? Cette période est extrêmement difficile à traverser. Les appuis extérieurs et intérieurs semblent inutiles, tout effort semble vain… Elle n’a plus de repères, se sent vide de structure. La douleur s’insinue dans la personne en deuil avec une intensité désespérante. Les hauts et les bas peuvent être beaucoup plus vertigineux que dans les premiers mois du deuil.

Pourtant, en dépit de ce que l’on pourrait penser, cette étape est tout-à-fait normale et prévisible. L’aggravation apparente du deuil signe paradoxalement la bonne progression du processus de cicatrisation. Cette traversée est incontournable.

Tenir bon et garder confiance

Cette troisième étape dure longtemps (au minimum un an, souvent plusieurs années). Soit au minimum jusqu’à deux ans après le décès. C’est véritablement l’étape la plus douloureuse du deuil. C’est une longue période au cours de laquelle la personne endeuillée peut penser qu’elle n’arrivera jamais à sortir de cette douleur profonde. Qu’elle sera à vie dans ce tunnel de larmes. Mais il n’en n’est rien ! Elle est convaincue de ne jamais pouvoir reprendre le cours de sa vie. Qu’elle garde confiance ! Il arrivera un moment où la douleur sera apaisée, où l’ouragan sera enfin derrière elle. Cela surgira en elle comme une évidence. Il faut qu’elle tienne bon malgré tous les signes contraires. La sortie du tunnel est inéluctable. Des millions de personnes l’ont vécu et le vivront. 

Le vécu dépressif intensifie les émotions

La dominante émotionnelle de la phase de déstructuration est le vécu dépressif (à différencier de la dépression clinique). Il accentue l’intensité des émotions qui prennent d’assaut la personne en deuil : la peur, la culpabilité, la colère, la dépresssion, la révolte, l’irritabilité, le sentiment d’injustice… Le vécu dépressif peut durer des mois, un an voire deux, avec des moments de répit, de respiration. Pendant cette période, il est essentiel de garder en mémoire que le processus de cicatrisation est en cours, qu’il œuvre lentement et avec intelligence.

Identifier les signes d’alerte

Il importe de faire la différence entre vécu dépressif et dépression clinique, ils peuvent en effet être confondus et donner lieu à des diagnostics et des prescriptions médicamenteuses non adaptés. Il n’est pas aisé de les distinguer, la dépression étant une complication du vécu dépressif. Pour approfondir ce sujet, nous vous invitons à lire notre article La différence entre vécu dépressif et dépression clinique.

Avoir connaissance de leurs symptômes respectifs est essentiel pour repérer les signes de la dépression. La souffrance du manque est telle qu’une personne endeuillée peut avoir des idées suicidaires. Si ces signes sont maintenus avec une implication active de la personne en deuil, il y a nécessité de lui conseiller d’aller voir un médecin. Sans délai.

Un visage différent dans la solitude

Pendant la troisième phase du deuil, les messages envoyés par les proches se sont nettement espacés. La souffrance de la personne endeuillée est plus intériorisée, elle est moins publique. Elle n’en n’est pas moins présente. L’entourage peut penser à tort qu’il est morbide de maintenir ses pensées tournées vers le défunt. Aussi la personne en deuil préfère-t-elle se taire, pour ne pas lasser, ne pas déranger… En apparence elle semble relativement calme et paisible, mais en elle tout s’effondre, ses fondations intérieures se lézardent. Seule chez elle, elle est en pleurs, démunie, au bord du gouffre.

Un deuil unique pour chaque personne

Dans son ensemble, la troisième phase est profondément déstabilisante. Les émotions ravivent des souffrances anciennes de la personne en deuil liées à la séparation, la perte ou la rupture. Tous les acquis de son expérience individuelle se mobilisent pour modeler le cours du processus de deuil. Pour chaque personne, le vécu du deuil sera unique en fonction de son histoire personnelle.

Quelques durées moyennes en repère

Christophe Fauré a établi, avec beaucoup de précaution, les repères d’une durée moyenne du pic d’intensité du deuil selon la personne disparue. Cela pourrait être deux ans à deux ans et demi quand on a perdu un conjoint ; quatre à cinq ans quand il s’agit d’un enfant ; un an à un an et demi pour la perte d’un parent. L’intensité extrême du vécu n’est bien sûr pas continue, elle connaît des fluctuations, des moments d’accalmie. Il s’agit de moyennes, les fourchettes de temps peuvent varier d’une personne à l’autre. Au-delà de ces durées de temps, la douleur est moins écrasante, la cicatrisation continue son œuvre.

Quand le goût de vivre revient

Petit à petit, les premières pensées tournées vers l’avenir apparaissent. La douleur dessert sa terrible étreinte, la personne en deuil commence à penser qu’il est possible de continuer à vivre. Malgré tout, même si rien ne sera jamais comme avant. Cela manifeste que la phase de restructuration a commencé.

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16 Commentaires

Amandine

02 Oct, 2022 à 18h37
Cela faisait presque 12 ans qu’on avait diagnostiqué à ma maman une maladie neuro-dégénérative. Les symptômes sont apparus un mois après mon mariage. J’avais 26 ans. J’ai de la peine à voir les photos, car ce sont les dernières sans infirmités… Je suis allée de deuil blanc en deuil blanc durant 9 ans (perte de la motricité fine, puis de la marche autonome, mémoire qui flanche… de plus en plus). Mais elle était toujours vivante (le pronostic était de 2 ans). Finalement, les médecins ont supposé qu’ils s’étaient trompés de diagnostic. 3 ans de répit. Puis des douleurs au dos. Hiver 2021. Urgences. Vertèbre cassée, sans chute. Vertébroplastie. Ça casse plus haut. Corset pour maintenir cette colonne et médicaments pour couvrir cette douleur qui s’ajoute aux autres. Elle devait rentrer chez elle pour son anniversaire en mars (70 ans) et ainsi continuer sa convalescence à la maison. Mais son état se dégrade. Elle n’a pas ouvert ses cadeaux, pas vu les fleurs. Analyses en urgence : myélome multiple. Oui, on peut enchaîner les maladies, les additionner. Pas de quotas. Le traitement commence. Elle souffre tellement qu’on la transfère en soins palliatifs. Là-bas, ça va mieux. Elle mange de nouveau, se déplace dans les couloirs. Reprend des forces. Les premières analyses sont encourageantes. L’hématologue nous appelle un vendredi pour nous en informer. Le dimanche, les soins palliatifs m’appellent : elle est en fin de vie. Il faut venir vite. Elle mourra le mardi matin. Depuis, un gouffre. Une fille a perdu sa maman. Une proche aidante a perdu ses routines depuis 12 ans. Que faire maintenant ? Je m’habille, je vais travailler, j’élève mes enfants, je suis aux côtés de mon mari, je pars en vacances parce qu’il faut que la vie continue. Mais rien ne vibre. Tout est pesant, vide de sens, d’énergie. Il faut du temps paraît-il. Alors je fais semblant, j’attends…

Isabelle

04 Sep, 2022 à 16h28
Voilà un peu plus de 5 mois que mon merveilleux mari est mort après un terrible accident domestique (dû sans doute à un autre AVC ou micro-AVC). Après 36 ans d'amour et de vie commune. Il avait 61 ans. La vie comme pour beaucoup, n'a pas toujours été facile pour lui, car nous sommes restés dans une région que nous n'aimions et y avions peu de relations et de loisirs. C'est maintenant, alors que nous allions partir pour la retraite dans notre région rêvée (et vécue pendant des week-ends et des vacances) qu'il meure de cette façon dramatique. Il s'est battu, ou débattu, je ne sais pas, dans ce satané fourgon du SAMU, pour y mourir, sans même avoir pu être transporté au CHU. Je souffre de son absence, sa tendresse, sa joie, son humour, ses discussions, sa culture, son esprit vif et pratique, et son enthousiasme me manquent à chaque seconde. Mais là où je souffre le plus, c'est pour lui. Après un AVC juste un an avant sa mort, il s'en était bien sorti. Il avait une telle soif de vivre, un tel enthousiasme, je peux dire que son envol, c'était maintenant, à 61 ans... Et c'est cela qui me fait hurler de douleur et frapper les murs. Pas le fait qu'il ne soit pas avec moi, mais le fait qu'il ne soit plus.

Caroline

18 Août, 2022 à 15h04
Merci Colette pour ces références. Cela nous aide à comprendre la souffrance de nos ami.e.s en deuil. Bon cheminement.

Vigogne

29 Juil, 2022 à 17h54
Moi est tout récent le 26juin dernier mz fille a rendu son dernier souffle je ne verrais jamais le bout j'ai l impression Je me dis je la voit partout va revenir c'est pas vrais et la réalité est autre chose Très dur je sais pas si le tempsaaise

Martine

20 Mai, 2022 à 08h38
Cela fait 3ans et deux mois que j’ai perdu mon mari pendant un an j’ai fait comme si cela n était pas arrivé et depuis deux ans je passe par là colère les regrets les on aurait z ou pas …….. et je pleure tout les jours je veux qu’il revienne. Je suis épuisée de penser j’ai l impression que je ne vais pas m en remettre.

Sophie

19 Mai, 2022 à 13h19
9 mois que mon fiston, adulte, est mort et cette douleur épouvantable est en effet ravivée. Et quand je lis que cela peut durer jusqu'à 4 ans, je prends peur.comment y survivre ?

Sophie

19 Mai, 2022 à 13h17
9 mois que mon enfant,adulte, est mort.et c'est atrocement douloureux. Alors quand je lis que cela peut durer jusqu'à 4 ans,je prends peur.

Christelle

18 Mai, 2022 à 23h30
C'est tellement ça, tout y est, en détail et c'est rassurant car je ne suis pas folle mais juste en deuil. Merci.

Claudine Moirjan

04 Mai, 2022 à 09h39
Je suis péniblement dans la deuxième année et c est très intense je me sens déprimée . Je ne veux pas vivre misérablement mais je ne veux pas mourir non plus . Je m isolé mais différemment qu au Depart . J ai perdu mon fils mais c est moi qui le suis En plus de cette tragedie Je dois surmonter le fait qu il a fait une overdose donc le regard des autres Deja difficile et compliquer mais en plus le stigma et puis maman est partie cinq mois avant mon ilan et j ai même pas encore eu la place pour elle ! C est abominable. Faure m aide beaucoup à avancer et à réaliser que je vais bien et c est les autres (non en deuil) qui vont mal !

Sophie

22 Avr, 2022 à 17h32
Merci. Je vis exactement ce qui est décrit. J'ai 23 ans et perdu ma maman il y a 8 mois maintenant. Je pensais avoir traversé le pire lors des deux premiers mois. Après une "accalmie", me voilà de nouveau "au fond du trou", avec une douleur immense, des crises de larmes et émotions très intenses, l'impression que je ne pourrais jamais "m'en remettre", malgré tous les efforts que je fais pour être positive et croire en la vie.Je suis aussi physiquement tres fatiguée, incapable de me concentrer. Le plus dur est l'incompréhension de ses propres proches et amis, qui ne comprennent pas mon état... "Ça fait 8 mois ... " Je suis heureuse de lire que je ne suis "pas en dépression" et que oui, cela ira mieux un jour, même si j'ai beaucoup de mal à y croire....

quéva

26 Mar, 2022 à 13h41
Je suis en plein dans la 3 ième phase de mon deuil . La déstructuration , cela fait 11 mois que j'ai perdu mon mari ; ma souffrance s'intensifie de plus en plus. Je pleure tous les jours plusieurs fois ; c'est l'absence et le manque physique de mon défund mari qui est parfois insupportable ; mais j'essaie de faire au mieux pour mes enfants et petis enfants MERCI .

Lili

16 Mar, 2022 à 07h27
Suis dans cette situation depuis bientôt 14 ans et des brouettes (suis pas un rapide -:) ). Accident de moto... (un salaud en bagnole a omit de marquer le STOP.) Il est mort à l'hôpital, alors que me trouvais dans le coma... n'ai pas pû lui dire au revoir... Pourtant ai repris mon métier et suis entourée, bien obligée de me redresser des enfants jeunes, qui eux, étaient présents et me devais de continuer à sourire pour eux ! Aucun deuil ne se ressemble et il est vrai que l'histoire personnelle de tout un chacun est à prendre en ligne de compte.

MARIE BREDA

01 Déc, 2021 à 11h21
C'est en larme que j'ai lu cet article. Je cherchais le terme qui correspond à mon état, déstructurée... J'ai perdu ma fille, il y a 7 mois, rien n'est plus vrai que ces quelques mots : "au bord du gouffre", j'ai un pied dans le vide, prête à sauter, l'autre ancré, parfois vacillant, mais tenant bon, parce qu'il y a mes autres enfants.

LAURENT

06 Mai, 2021 à 13h46
Merci beaucoup. Je suis renfu dans mon chemin à cette étape actuellement. Laura notre fille a été tuée écrasée par une moissonneuse le 29 septembre 2020. J'ai l'impression de ne rien avoir à quoi m'accrocher alors que nous avons deux enfants plus âgés. Merci pour cet article. Bon courage à tous.

Isabelle

03 Avr, 2021 à 16h32
Savoir cela est très aidant quand on se sent perdu, comme moi, 5 mois après le décès de mon mari. Merci.

Colette

30 Mai, 2020 à 03h07
Merci, 11 mois après le deuil de mon mari je commence à faire des crises d angoisse et ai des insomnies. Cela me rassure de voir que C est une phase nécessaire. Je ne prends pas de médicaments, je tâche juste de tenir bon. Je l ai tellement aimé. Merci



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