Le deuil au masculin – Mieux traverser le deuil

Le deuil au masculin

17 mai 2019 Image Le deuil au masculin

Les idées reçues peuvent être dévastatrices : « Un homme ne pleure pas », « les hommes sont forts ». Après tout, ce sont souvent eux « le soutien » de la famille et c’est d’ailleurs vers eux que l’on se tourne pour prendre des nouvelles d’une épouse endeuillée ou des enfants. Et l’on ne songe que trop rarement que, eux-aussi, aimeraient bénéficier d’une écoute bienveillante…

Les hommes de 50 ans et plus sont particulièrement sensibles à cette attente sociale. Ils y répondent en exprimant très discrètement, voire pas du tout, leur peine et les émotions qu’ils éprouvent.

Un deuil jugé trop silencieux

Par la suite, on observe souvent le paradoxe suivant : l’épouse, la mère ou les proches regrettent, parfois se plaignent de ce mutisme qui découle précisément d’une attente de la société. Il faut être vigilant sur ce point, car ce n’est bien évidemment pas parce qu’un homme ne dit rien qu’il n’éprouve rien.

Par ailleurs, des couples solides ont été pu se briser sous le poids des reproches. « Mon mari ne parle jamais… » « Je ne supporte plus son silence… » « Il n’exprime absolument rien » sont autant de phrases qui laissent des traces parfois indélébiles. Il est donc important d’entendre que ce silence ne marque ni l’absence de douleur, ni l’indifférence, ni la distance, mais qu’il est un mode d’expression à part entière qu’il convient, comme tout autre, de prendre en compte et de respecter.

Ne pas entendre cela, aiguillonner un père ou mari pour, in fine, le contraindre à s’exprimer, est totalement malvenu. Cela ne fera qu’ajouter au chagrin de la perte l’injonction suivante : « Sois différent de qui tu es ! » Et, entre nous, qui peut légitimement formuler une telle demande à qui que ce soit ?…

Quand le corps s’exprime

De façon objective, hommes et femmes réagissent différemment au deuil. Des études ont ainsi démontré que, de manière générale, les hommes développent moins de risques somatiques graves que les femmes. Leur vulnérabilité se manifeste au cours de la première année qui suit le deuil ; ils peuvent alors avoir des maladies et certains problèmes physiques. A contrario, les femmes sont physiquement plus fragiles dans les deux à trois ans qui suivent le décès.

Un deuil à l’abri des regards

Les hommes vivent leur deuil de façon discrète, seuls, et de préférence loin des regards de leurs proches. Ils peuvent alors mettre en œuvre des rituels qui n’appartiennent qu’à eux. Ainsi, un père peut se rendre seul sur la tombe de son enfant et n’en parler à personne pendant plusieurs années. Il peut retourner régulièrement sur le lieu d’un accident ou s’isoler dans la chambre de l’enfant pour s’y recueillir à l’insu des autres membres de la famille.

Là, de nouveaux liens se tisseront avec l’être cher disparu, un dialogue se développera et, lentement, le travail de deuil se mettra en place.

Au fil du temps, un homme en deuil peut également nouer des liens avec un ou plusieurs hommes qui ont connu des épreuves similaires à la sienne. Ce peut être un collègue de travail, un voisin auquel il n’adressait jusqu’alors qu’un signe de tête hâtif, un membre éloigné de la famille… Une « solidarité masculine » peut se créer, une relation qui reposera sur les mêmes codes (la discrétion, la pudeur) et l’expérience partagée d’un chagrin immense. Ces circonstances sont salutaires car l’homme endeuillé y trouve un contexte favorable pour exprimer ses émotions.

L’action met l’émotion à distance

Pour anesthésier leur souffrance, les hommes peuvent s’investir de façon intense, voire excessive, dans différentes activités. Au premier rang de celles-ci figure bien sûr le travail. Un homme peut également s’adonner intensément aux loisirs (et notamment au sport) et à l’activité sexuelle. Dans tous les cas, l’homme en deuil cherche alors à reprendre le contrôle d’une vie qui lui échappe et à apaiser sa détresse.

Il peut donner l’illusion (erronée !) qu’il ne souffre pas. Or, précisément, le surinvestissement de diverses activités marquent un mal-être qu’il importe de prendre en compte.

Le deuil « au masculin » se démarque donc sensiblement du deuil « au féminin ». Il est souvent plus intériorisé, plus caché ; le partage et l’échange y ont moins de place. Pour autant, le deuil que vit un homme est aussi douloureux que celui vécu par une femme. Il est nécessaire de comprendre – et de respecter – ces différences pour ne pas soumettre un époux ou un père une pression aussi déplacée que destructrice.

Cheminer ensemble avec sa différence

S’il est important que chacun, accepté dans sa différence, puisse cheminer à son rythme et de la façon qu’il le souhaite, il est tout aussi essentiel de partager des moments ensemble, de s’ajuster régulièrement à l’évolution de l’autre. En faisant le point avec des questions ouvertes, par exemple « Où en es-tu ? », « Qu’est-ce qui est en train de changer en toi ? ». Ces échanges contribuent à éviter qu’un trop grand décalage ne s’installe entre les deux personnes du couple. Ils participent d’une communication où chacun est à l’écoute de l’autre tout en prenant le temps de vivre sa propre solitude intérieure, consubstantielle au vécu du deuil.

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4 Commentaires

Mieux traverser le deuil

07 Août, 2019 à 18h40
Sabrie, nous souhaitons que le message que nous avons adressée ce jour à Natacha pourra vous donner des éléments de réponse utiles. N'hésitez pas à rejoindre notre groupe facebook privé : https://www.facebook.com/groups/546189225912470/ vous bénéficierez d'une écoute authentique, la communauté qui y est active pourra échanger avec vous des informations et des conseils précieux.

Mieux traverser le deuil

07 Août, 2019 à 17h10
Natacha, vous avez tout-à-fait raison, il est capital de faire ce chemin à deux, d'épauler l'autre quand il en a besoin, d'être vigilant pour prendre en compte les besoins de l'autre, quitte à mettre les siens en suspens un temps. Notre objectif dans cet article est de rappeler que l'évolution du deuil n'est pas synchrone pour les deux membres du couple, chacun étant un être distinct, il vit des moments différents. La communication est bien sûr un élément essentiel au sein du couple, nous avons développé cet aspect plus spécifiquement dans les articles tels que Le couple après le décès de l'enfant, Perdre un enfant suite à un accident et Témoignage d’un père en deuil de son fils... Suite à votre commentaire, il nous semble utile de le rappeler de façon plus explicite dans notre article, aussi avons-nous modifié et mis à jour le dernier paragraphe dans ce sens. En vous remerciant pour votre lecture attentive.

Sabrie

12 Juil, 2019 à 03h46
Je suis bien d'accord... Mais concrètement, on fait comment ?

Natacha

11 Juil, 2019 à 14h17
Comment alors maintenir la communication au sein du couple ??? Si chacun vit son deuil a sa manière, s’il n’est pas vécu également ensemble, c’est la mort programmée du couple. De manière caricaturale, les femmes ont besoin d’extérioriser et les hommes non. Votre article suggère que l’on doit laisser à chacun de faire son deuil comme il l’entend. Je ne suis pas d’accord. Dans un couple chacun doit aussi faire un pas vers l’autre : celui qui a besoin de parler doit se retenir parfois, celui qui ne veut pas parler doit se forcer parfois. Sinon c’est l’éloignement assuré.......



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