Perdre un enfant de 2 ans suite à un accident - Mieux traverser le deuil

Perdre un enfant de 2 ans suite à un accident

16 mai 2019 Image Perdre un enfant de 2 ans suite à un accident

La musique du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns me parvient de la radio de la cuisine. Tous les moments que nous avons vécus ensemble lors des spectacles de marionnettes à fils que tu aimais tant me reviennent avec une intensité qui me transperce le cœur, qui me fait défaillir. Depuis que tu nous as quittés il y a un an, tout s’est effondré en moi et autour de moi. Il a suffi d’un moment d’inattention pour que tu t’élances dans la rue et qu’une voiture te renverse, Anna, te laissant inanimée, pour toujours. Tu avais à peine deux ans, une partie de ma vie est partie avec toi le jour où tu as disparu.

Plus rien ne sera comme avant

Je n’ai pas de mot pour dire ce que je ressens, je suis écrasée de douleur, anéantie, avec la sensation d’étouffer. Le temps s’est arrêté. Ton absence a retiré du monde tout ce qui lui donnait son sens. Plus rien ne sera comme avant. Comment vivre, comment survivre après ton départ ? Je n’ai plus goût à rien, tout est désolation, tout me demande un effort incommensurable, la moindre tâche me semble inaccessible. Je suis épuisée, je n’ai plus aucune motivation.

Tous les rêves, les projets d’avenir que j’avais pour toi ont disparu en même temps qu’une partie de moi-même m’était arrachée. Pourquoi cela est-il arrivé ?

Qu’un enfant parte avant ses parents ce n’est pas dans l’ordre naturel des choses.

La culpabilité et la colère

J’ai tourné et retourné sans cesse dans ma tête les circonstances du drame, pourquoi ne t’ai-je pas tenu la main à ce moment-là ? Si seulement je n’avais pas eu cette conversation avec cette autre maman sur le banc, j’aurais été plus attentive. À mots couverts, des personnes me l’ont laissé entendre. Je me sens tellement coupable. Je ne me sens pas le droit de continuer de vivre, je me sens si responsable, c’est une sensation intolérable.

Et puis il s’est écoulé un temps interminable avant que le service des urgences n’arrive sur les lieux. Je suis en colère, ils auraient peut-être pu te sauver s’ils étaient arrivés plus vite.

Traiter le traumatisme avec l’EMDR

Quatre mois après cette terrible journée, les images, les sons, les émotions de l’accident ont continué de faire irruption dix, vingt, trente fois par jour de façon incontrôlable dans la journée, avec toujours la même intensité. Les images étaient particulièrement fortes le soir avant de m’endormir. Je n’en pouvais plus, c’était épuisant, cela perturbait totalement mon quotidien. Je suis allée voir un psychologue qui a diagnostiqué un syndrome de stress post-traumatique (PTSD). Il m’a préconisé des séances de EMDR(1) (“eye movement desensitization and reprocessing”, désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires). Cette technique a été d’une aide considérable, elle a totalement fait disparaître mes symptômes post-traumatiques. Bien sûr, cela n’a pas apaisé ma peine immense, mais cela a permis de créer les conditions favorables au bon déroulé du processus de deuil.

Exprimer ses émotions

Toutes mes émotions, la culpabilité, la honte, la colère, le désespoir… je m’autorise à les exprimer encore et encore. L’accompagnement d’une bénévole d’une association régionale d’entraide aux parents endeuillés m’aide beaucoup. Cette personne me donne un peu de lumière à moi qui suis au fond du trou. Ses conseils sont précieux. Je trouve aussi beaucoup de réconfort dans un groupe de parents qui traversent la même épreuve que moi. Nous nous comprenons immédiatement.

Les maladresses de l’entourage

Ce qui n’est pas toujours le cas de mon entourage qui peut-être parfois si maladroit. Pendant mon arrêt maladie, mon employeur m’a contactée, me suggérant « de tourner la page », « de passer à autre chose »… De faire mon deuil « assez rapidement ». Cela m’a terriblement blessée. J’ai souvent le sentiment que peu de proches comprennent ce que je vis, certaines des mamans que je fréquentais auparavant détournent le regard quand je les croise dans la rue.

La communication dans le couple

Mon mari était de moins en moins présent, il rentrait harassé chaque soir de son travail. Nous n’arrivions pas à échanger, nous nous éloignions l’un de l’autre, inexorablement. Il y avait un réel risque de burn out, nous en avons parlé. Il a pris la décision de voir un thérapeute, il le rencontre depuis plusieurs semaines. Cela va un peu mieux pour moi et pour lui. Je comprends qu’un homme réagit différemment, qu’il a besoin de se lancer à corps perdu dans l’action, plutôt que de parler.

Réapprendre à vivre ce n’est pas oublier

Autour de moi la vie continue comme si de rien n’était, comment les personnes de mon entourage peuvent-elles agir ainsi connaissant la déflagration qui a ravagé mon existence ? Les amis espacent leurs appels, ils me parlent de moins en moins de notre fille, la vie reprend son cours pour eux. Tandis que moi, je suis figée dans un temps d’effroi qui se répète jour après jour. Chaque réveil est un déchirement qui me rappelle l’atroce réalité de la disparition d’Anna.

On me dit que le deuil d’un enfant prend des années, qu’avec le temps, la douleur s’atténue, que je pourrai de nouveau réapprendre à vivre sans elle. Il y a peu, cela me semblait totalement inenvisageable, je ne voulais pas trahir sa mémoire, l’oublier.

Un lien intérieur avec mon enfant

Je retrouve Anna dans chaque objet, son doudou, l’odeur de son pyjama, ses photos, ses jouets dans sa chambre. Les signes de son existence sont omniprésents, ils ravivent la douleur liée à son absence. Mais, peu à peu, un dialogue intérieur avec elle a pris place. Si elle n’est plus là physiquement, je lui parle, elle est chaque jour dans mon cœur. C’est comme si nous construisions un lien intérieur, qu’elle était en moi et tout autour de moi.

Ainsi, grâce à cela, et même si j’ai des hauts et des bas vertigineux, tout doucement, à mon rythme, je commence à réinvestir ma vie. À renouer avec les gens, à reprendre une activité professionnelle, voire à envisager d’en changer, à avoir des projets.

La beauté en chaque chose

Avec ce nouveau lien créé avec elle, je sais que ce n’est pas la trahir que de rire de nouveau, de me réjouir de la beauté du monde, d’imaginer rencontrer des amis, de me remettre dans le flux de la vie. Je sais qu’il est impossible de l’oublier. Je vais commencer à reconstruire ma vie sans elle, mais avec elle dans mon cœur pour toujours.

Par la fenêtre, je regarde les mésanges qui, l’une après l’autre, viennent prendre les graines offertes sur la mangeoire suspendue. Leur vol gracieux et joyeux m’apaise., Je suis totalement au présent. Dans cet instant unique que m’offre la vie.

Isabelle C.

(1) L’annuaire des thérapeutes pratiquant l’EMDR est accessible sur le site www.emdr-france.org. Seuls les psychiatres et les psychologues certifiés ont accès à cette formation.

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2 Commentaires

Vicky de arburn

20 Sep, 2021 à 23h07
J'ai perdu ma petite fille de presque 3 ans il y a 1 mois dans des circonstances proches des vôtres... si vous aviez envie de discuter peut être cela me ferais et vous ferez du bien...

Roland Rina

02 Juil, 2019 à 22h56
tres emouvent cette vie moi je vie se mal de puit 23 ans et chaque anne les anniversaire et tout les fete il me manque toujour pour moi cetais comment hier je me demande apre 23 ans ou serais mes 2 fils dans vie mais voila pas de reponce et je reste tout les jour as me pause tout cest question sans reponse .



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