Le deuil après suicide – Mieux traverser le deuil

Le deuil après suicide

17 mai 2019 Image Le deuil après suicide

Les proches qui découvrent un suicide vivent un état de stress aigu dont les conséquences peuvent être préoccupantes. Le deuil après suicide est avant tout un deuil traumatique. Comme dans toute circonstance de mort brutale et inattendue, un processus traumatique peut se mettre en place en même temps que le processus naturel de deuil. Il faudra donc être particulièrement vigilant dans le suivi des personnes touchées par ce deuil. Les aider à créer et à maintenir les conditions favorables au bon déroulement de la cicatrisation de leur blessure psychique.

Si le deuil après suicide a des particularités (traumatique, émotions d’une intensité considérable, violence des circonstances et du choc émotionnel…), il partage cependant les mêmes phases d’évolution que tout autre deuil survenu dans des circonstances différentes (voir les quatre phases du processus de deuil).

Au choc du décès et des circonstances s’ajoutent bien souvent d’autres événements qui sont vécus comme des agressions supplémentaires. Tels que l’enquête systématiquement menée pour exclure l’hypothèse d’un homicide déguisé en suicide ou la découverte que l’assurance vie ou d’autres garanties d’empruntne sont pas applicables en cas de suicide…

Traiter le syndrome de stress post-traumatique

Pour toutes ces raisons, les personnes en deuil après un suicide ont besoin d’être soigneusement accompagnées, en particulier celles qui découvrent le corps ou qui assistent aux derniers moments de l’être aimé. Elles peuvent en effet développer un syndrome de stress post-traumatique (PTSD) (1) qui va entraver voire stopper le processus de deuil. Il est donc capital de diagnostiquer le PTSD afin de le traiter au plus vite afin que le processus de cicatrisation reprenne son cours normal.

Les bienfaits de la thérapie EMDR

Trois solutions thérapeutiques existent pour soigner le PTSD : les traitement médicamenteux (antidépresseurs), les thérapies cognitivo-comportementale (TCC) et l’EMDR (eye movement desensitization and reprocessing). La thérapie EMDR (2) est reconnue comme étant très efficace pour faire disparaître les symptômes du PTSD, cela est abondamment documenté dans la presse scientifique (3). Vous découvrirez les caractéristiques et les avantages de cette technique dans notre article L’EMDR, une aide considérable.

Des émotions d’une rare intensité

Les émotions vécues pendant un deuil après suicide sont d’une ampleur et d’une intensité rares. Le sentiment de culpabilité y est omniprésent. D’autres émotions étreignent le cœur de l’endeuillé : la colère contre soi-même ou autrui, la honte, le désespoir, la peur, le sentiment d’insécurité, voire aussi l’ambivalence ou le soulagement…

Terrassés par la culpabilité, les proches en deuil ont constamment à l’esprit le fait qu’ils puissent être responsables de ce qui est arrivé. Il faudra des mois, des années avant qu’ils acceptent d’écarter cette terrible hypothèse. Ils s’interrogent sur ce qu’ils auraient dû voir et n’ont pas vu, ce qu’ils auraient dû faire et n’ont pas fait… Cette écrasante culpabilité a trois conséquences : la quête du pourquoi, la tendance au retrait social et l’attribution d’auto-punitions.

La quête du pourquoi

« Pourquoi ? » La réponse à cette question est une quête obsessionnelle qui va mobiliser les proches pendant des mois, des années. Ils vont passer au crible les derniers jours de la personne disparue, lire ses messages dans l’espoir d’y déceler des changements minimes qui pourraient expliquer son geste. Ils interrogent ses amis, traquent avec eux de possibles indices, des bribes de sens. Quand ils perçoivent que leurs questions lassent leur entourage, ils cessent de les poser… sans pour autant qu’elles cessent de les tourmenter, parfois pendant plusieurs années. Jusqu’à accepter qu’il n’y aura jamais de réponses définitives.

Une tendance au retrait social

Les proches en deuil ont un fort sentiment d’indignité qui les pousse à l’isolement. Ils quittent les réseaux de soutien (amicaux, associatifs ou thérapeutiques psy), convaincus de ne pas mériter d’être aidé n’ayant pu empêcher le suicide de l’être aimé.

Se punir pour expier sa faute

Il est fréquent que les proches se punissent pour expier la faute du suicide dont ils s’accablent, en mettant en place des interdits (ne plus être heureux, gratifié, dans le succès…) et en excluant les plaisirs du quotidien. Une mère ne s’offrira plus le moindre bon temps, ne s’achètera plus de fleurs… ; un mari refusera ce restaurant où il aurait aimé aller avec son épouse « avant ». La personne en deuil peut également s’enfermer dans un statut de victime. Tous ces comportements peuvent considérablement restreindre le champ de vie des proches endeuillés.

Un possible syndrome dépressif

Certaines personnes peuvent avoir, comme leur proche avant eux, des pensées morbides voire suicidaires. Un syndrome dépressif peut alors émerger et venir compliquer le vécu dépressif « normal » qui survient six mois à un an après le décès (voir Phase 3 du processus de deuil : déstructuration). La combinaison de plusieurs facteurs peuvent contribuer à l’apparition du syndrome dépressif : l’effondrement de l’estime de soi, le sentiment de rejet ou d’abandon délibéré par la personne suicidée, les comportements à risque (abus d’alcool, de drogue, mise en faillite personnelle, sport extrême, etc.), le sentiment de futilité de l’existence, la perte de repères…

Pour vous aider à identifier les symptômes d’une dépression, nous vous invitons à consulter notre article La différence entre vécu dépressif et dépression clinique.

Un sentiment de honte

Les proches endeuillés éprouvent parfois un sentiment de honte si accablant qu’ils inventent une autre circonstance du décès (maladie foudroyante, accident…) afin d’éviter de dire que l’être aimé s’est suicidé. Ce sentiment de honte les enferme dans un silence qui peut progressivement les couper de leurs proches. De plus ce silence peut évoluer vers un « secret de famille » dont on connaît les effets délétères sur le plan transgénérationnel.

Une colères à cibles multiples

Face à la violence du suicide, la personne en deuil éprouve de la colère. Cette colère peut être focalisée sur autrui (collègues, médecins, environnement scolaire, amis…). Elle peut également se tourner contre la personne disparue, c’est une spécificité du deuil après suicide. La personne décédée est l’auteur de sa propre disparition. Comment gérer la haine que l’on peut ressentir pour le meurtrier qui est en même temps la victime ?  

La personne endeuillée peine à s’avouer ses sentiments, elle peut refouler sa colère. Ce qui peut se retourner contre elle et s’exprimer par des somatisations.

Il est essentiel dans l’accompagnement dont elle bénéficiera de l’aider à identifier et à exprimer cette colère. C’est vital pour elle. Lire sur ce sujet À l’écoute des émotions d’une personne endeuillée et Les émotions vécues pendant le deuil.

Un sentiment de soulagement

Un autre sentiment également difficile à reconnaître et à avouer est le soulagement que la personne en deuil peut ressentir après le suicide. Le geste du défunt a pu en effet survenir après des périodes très difficiles à vivre pour ses proches (fugues, comportements autodestructeurs, hospitalisations répétées en psychiatrie…). Dans ce cas, le suicide met un terme à une situation chaotique. Cet état de fait est difficilement avouable… y compris à soi-même. L’accompagnement pourra aider la personne endeuillée à mettre des mots sur cette ambivalence douloureuse.

Une sécurité intérieure ébranlée

Les proches après un suicide expriment combien leur sentiment de sécurité intérieure est ébranlé. Ils se sentent profondément déstabilisés et vulnérables. De nouvelles peurs apparaissent : elles redoutent un nouveau suicide, une catastrophe, un autre décès… Les parents en deuil vont remettre radicalement en question l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants ; un conjoint en deuil appréhendera de tisser des liens avec un nouveau partenaire de peur qu’ils soient à leur tour brisés… Ces angoisses ne sont nullement fondées. Elles n’en sont pas moins des obstacles qui peuvent empêcher le retour à une vie affective sereine et à une vie familiale équilibrée.

Un accompagnement spécifique

Plus que dans tout autre deuil, les émotions, les symptômes et les potentielles séquelles que peuvent vivre les proches d’une personne suicidée montrent la nécessité d’un accompagnement spécifique. Bien sûr, toutes les personnes touchées par ce deuil ne développeront pas l’intégralité des signes que nous avons décrits. Mais il importe d’être particulièrement vigilant dans le suivi de ces personnes.

Conjuguer les aides individuelles

À cet égard, il est fortement recommandé de conjuguer plusieurs aides, cela donne de bons résultats. Bénéficier d’un suivi individuel par un professionnel psy (ou un bénévole correctement formé) et avoir recours aux associations (4) d’accompagnement du deuil sont des aides très précieuses pour retrouver un nouvel équilibre. Quelles qu’elles soient, il importe que les personnes aidantes connaissent dans le détail les enjeux du deuil après suicide.

Sans jugement, avec bienveillance, ils mettront en place les conditions d’une parole et de prises de consciences libératrices. Avec une vigilance particulière pour détecter d’éventuelles complications post-traumatiques (PTSD) ou l’apparition d’un syndrome dépressif. Il est en effet primordial, comme nous l’avons dit, d’établir un diagnostic et d’entreprendre un traitement de façon précoce afin d’assurer la continuité du bon déroulement du processus de deuil.

Ainsi accompagnée, la personne pourra se décharger jour après jour de son immense souffrance. Le chemin sera long, mais grâce au processus naturel de cicatrisation et au travail de deuil qu’elle accomplira, elle retrouvera peu à peu l’apaisement et le plaisir de vivre.

NOTES

1- Le syndrome de stress post-traumatique se caractérise par trois éléments : des images intrusives très fortes émotionnellement (flashs, cauchemars), un stress chronique intense et la mise en œuvre de stratégies d’évitement. Ces points sont développés dans notre article La mort brutale et inattendue.
2- Seuls les psychiatres et psychologues certifiés EMDR sont habilités à diagnostiquer le PTSD et à pratiquer le traitement EMDR. L’annuaire des thérapeutes EMDR est disponible sur le site www.emdr-france.org
3- Voir l’article « Apaiser le cerveau par le mouvement des yeux », Sciences et Avenir, n° 864, février 2019, pages 66-68.
4- Telles que « Vivre son deuil », « Phare Enfants Parents », « Jonathan Pierres Vivantes »… Voir liste des associations d’accompagnement du deuil après suicide et de prévention. Ces associations proposent des groupes de paroles, des suivis individuels, une éducation des proches spécifique au deuil après suicide, avec des actions de sensibilisation autour du suicide et de la prévention du suicide.

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